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Albert Sabin, la victoire contre la polio

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Albert Sabin 1956
Le Dr. Albert Sabin examine une bouteille contenant des souches du virus de la polio en 1956. (AP Photo/Gene Smith)

Albert Sabin, la science au service de la vie

La Poliomyélite a hanté l’humanité depuis des millénaires, tuant et mutilant de nombreux enfants. Pendant la première moitié du vingtième siècle, ces épidémies faisaient encore des ravages. Si la maladie est pratiquement éradiquée aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à l’américain Albert Bruce Sabin, qui a développé un vaccin oral extrêmement efficace contre toutes les variantes de la polio. Pour parvenir à ses fins, il est parvenu à mettre en place une collaboration avec l’URSS en pleine guerre froide. Et pour qu’un maximum de personnes puissent profiter d’un vaccin bon marché, il a refusé de breveter sa formule et l’a mise gratuitement à la disposition du public. D’après l’OMS, ce sont plus de 16 millions de personnes qui auraient échappé à la paralysie grâce à la vaccination…

Le rêve américain

Albert Saperstejn est né le 26 août 1906 à Białystok, ville polonaise faisant alors partie de l’Empire Russe. En 1921, il arrive à New York en compagnie de ses parents, et devient citoyen américain en 1930. C’est à cette occasion qu’il change son nom en Albert Bruce Sabin. Il commence à étudier la dentisterie, mais oblique ensuite vers la médecine, et développe un vif intérêt pour la recherche sur les maladies infectieuses. Diplômé de l’université de New York en 1931, il commence tout de suite ses recherches sur la polio, qui provoque régulièrement des épidémies aux Etats Unis et dans le monde.  

En 1939 il emménage à Cincinnati, dans l’Ohio, et démontre que le virus de la polio ne se développe pas uniquement dans les tissus nerveux, mais également dans les intestins. C’est cette découverte qui servira plus tard à l’élaboration de son vaccin. En 1941, il rejoint l’U.S. Army Epidemiological Board’s Virus Committee. Il voyage ensuite en Europe et en Asie pour le compte de l’armée et participe au développement d’un vaccin contre l’encéphalite japonaise. La guerre terminée, il peut reprendre ses travaux sur le virus de la polio.

Une maladie aux conséquences dramatiques

La poliomyélite, également appelée paralysie spinale infantile, est une maladie infectieuse aiguë et contagieuse, spécifiquement humaine, causée par le poliovirus. La polio existe depuis des milliers d’années et touche principalement les enfants. Des archéologues en ont retrouvé la trace sur un squelette égyptien datant de 3.400 avant JC. Mais ce n’est qu’à partir du XXe siècle que les épidémies deviennent régulières dans tout le monde industrialisé. 

Le virus est très contagieux et se transmet facilement par contact. Le système immunitaire parvient généralement à se débarrasser du virus, mais dans environ 3% des cas celui-ci s’attaque au système nerveux, et peut provoquer une méningite ou des paralysies. Il n’existe pas de traitement connu contre la polio, et les conséquences peuvent êtres très lourdes : paralysie des membres ou des muscles du thorax, empêchant la respiration. Des ailes entières des hôpitaux sont dédiées à la polio et équipées de respirateurs artificiels dans lesquels le patient se glisse tout entier, les poumons d’acier. De nombreux enfants restent paralysés à vie, prisonniers de leur caisson métallique. Une étude réalisée en 2002 conclut que 700.000 personnes souffraient encore de séquelles de la polio en Europe, et plus d’un million aux Etats Unis.

Aile polio
Une aile polio et ses poumons d’acier

Un vaccin salvateur

En l’absence de traitement, la découverte d’un vaccin est une priorité dans la lutte contre la maladie. En 1952, Jonas Salk développe un premier vaccin. Ce vaccin s’administre par injection, et empêche le virus de s’attaquer au système nerveux. Mais le virus peut toujours survivre dans le système digestif, et peut donc toujours facilement se transmettre. 

Les travaux d’Albert Sabin visent à développer un vaccin qui permettrait à l’organisme de s’attaquer directement au virus présent dans l’intestin, et donc de le détruire avant qu’il puisse se propager. Le vaccin est prêt en 1955 et présente un autre avantage majeur sur celui de Salk : il s’administre par voie orale. Moins cher à produire, il ne nécessite pas de seringue et permettrait donc une vaccination beaucoup plus rapide. Sabin effectue quelques tests sur un petit échantillon de personnes, mais se retrouve rapidement confronté à un problème. Le vaccin de Salk est très populaire, et déjà largement administré. Il est donc difficile de trouver suffisamment de volontaires pour lancer un test à grande échelle. Une solution inattendue va se présenter.

Une alliance audacieuse

Comme tous les pays, l’URSS est également touchée par la polio. Cependant, dans la grande tradition communiste, la réaction des autorités consiste à nier les faits et à redoubler d’efforts de propagande pour convaincre la population que tout va bien. Mais les épidémies qui sévissent à Moscou et dans les autres grandes villes viennent mettre à mal la version officielle… Après la mort de Staline en 1953, les autorités reconnaissent la situation et les scientifiques soviétiques commencent à chercher une solution. En Janvier 1956, deux virologues russes viennent sous haute surveillance rencontrer leurs homologues américains. Parmi eux, Mikhail Chumakov avec qui Albert Sabin va immédiatement bien s’entendre. Six mois plus tard, c’est à son tour de voyager en URSS.

Bien qu’étroitement surveillés de part et d’autre du rideau de fer, Sabin et Chumakov restent en contact au fil des ans. Et c’est Chumakov, convaincu par le vaccin oral de Sabin, qui parviendra à jouer de son influence pour faire bouger la lourde machine bureaucratique de l’URSS. Le ministre de la santé russe refuse en effet d’organiser un test, préférant lui aussi miser sur le vaccin de Salk, mieux connu. Chumakov appelle un de ses amis, membre du Politburo, et celui-ci contredit le ministère et ordonne un premier test sur 10 millions d’enfants, bientôt rejoints par tous les soviétiques de moins de 20 ans. Les résultats sont excellents, et en moins d’un an l’Organisation Mondiale de la Santé valide l’efficacité du vaccin et constate la forte diminution du nombre de cas.

Albert Sabin et son vaccin

Le cadeau d’Albert Sabin à l’humanité

Albert Sabin souhaite que son vaccin puisse être diffusé le plus largement possible. Il décide donc de ne pas déposer de brevet, et refuse toute licence commerciale. Il fait le choix de donner les souches de virus qu’il utilise pour ses vaccins à l’OMS, afin que celle-ci les partage le plus largement possible. Sabin n’a rien gagné sur le développement du vaccin, et il est heureux de se contenter de son salaire de professeur. 

Albert Sabin décède en 1993, et le Sabin Vaccine Institute est créé à sa mémoire pour continuer à promouvoir la vaccination et la coopération internationale dans la lutte contre les maladies. 

Grâce aux vaccins, et surtout grâce au vaccin bon marché et facile à produire développé par Sabin, la polio a été pratiquement éradiquée aujourd’hui. D’environ 350.000 cas annuels estimés en 1988 quand la campagne d’éradication a commencé, on ne compte plus que 140 cas en 2020. Les seuls pays où la polio subsiste encore aujourd’hui sont l’Afghanistan et le Pakistan. En poursuivant les efforts entamés par Albert Sabin, la polio pourrait bien devenir la deuxième maladie éradiquée par l’humanité, après la variole en 1980…

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